Eric, notre 2e finisher, arrivé en 46e position après 11h45 d'effort (un résultat de pro...), vous livre sa version de l'édition 2008 de l'Embrunman. Encore bravo à lui ainsi qu'à Dimitri
"L’Embrunman est un triathlon semblable à nul autre. Déjà qu’à l' heure où l’on termine normalement un Ironman, à Embrun on n'est qu’à la moitié du marathon. Passe encore. Mais qu'il faille prévoir gants, écharpe, bonnet et moon boots pour franchir l’Izoard, la c’est quand-même corsé. Ce fut pourtant notre sort en cette journée estivale du 15 août 2008.
Petit retour en arrière: il est 4 heures du mat et comme d'habitude, j'n’ai pas besoin de réveil car si les bras de Morphée ne m’étreignent pas la veille d’un Ironman, c’est pour mieux repasser après la course mais muni de gants de boxe. Dehors les circonstances sont euh… disons presque idéales pour la pratique du triathlon: 13° et une pluie battante. Un avantage: la tri-fonction ne laissera pas ces vilaines marques de bronzage et j’éviterai les remarques à la piscine genre: "tiens, on dirait Poelvoorde dans le vélo de Ghislain Lambert". Dans le parc à vélo, l’eau monte déjà jusqu'aux chevilles et j’entends un quidam dire que s'il pleut il ne part pas. Il a bien raison; nager 3800m dans la pluie, ça ne se fait pas. On risquerait de sortir trempé! Finalement, on est quand-même 1050 candidats finisher à s’élancer dans la flotte sur le coup de 6 heures. Et à cette heure-là on y voit pas grand-chose, surtout pas son voisin, mais on sent qu'il est bien là. Car si un bras de triathlète est entraîné pour fendre l'écume d'un geste aussi puissant qu’élégant, quand il y a un obstacle- en occurrence la tête d'un collègue- ça tape dur. Mais ce n’est que passager car des petits groupes se forment rapidement. Il suffit à ce moment-là de se cantonner bien à l’ abri (au milieu) et attendre que ça se passe. Et cette fois-ci ça s’est passé vite : on a bouclé la natation en 52 minutes. Ensuite on rentre dans le vif du sujet : le vélo : 188 km dans un cadre magnifique (quand on le voit) avec dans l’ordre : la montée des Puys, le col d’Izoard, la côte de Pallon et finalement la montée de Chalvet. Inutile d’énumérer les distances et pourcentages de ces difficultés, je me contenterai de préciser que le pédalier compact 50/34 est une belle invention qui à mes yeux mérite au moins le prix Nobel.
Parlons tout de même de l’Izoard car il vaut le détour, même si pendant la course on éviterait le détour si on en avait l’occasion. C’est un col répertorié hors catégorie au Tour de France, autrement dit ça grimpe fort et pendant longtemps. Cette année, on a eu le privilège de le monter sous un timide soleil, mais arrivé au sommet, on a trouvé la route recouverte d’une substance blanche ressemblant étrangement à une poudre que des coureurs pro comme notre Tommeke national aiment à remplir leur cloison nasale. Sauf que dans ce cas-ci la poudre est plus froide et surtout beaucoup plus glissante. On appelle ça de la neige et c’est une denrée rare au mois d’août, même à cette altitude. De l’avis des habitués, c’est même du jamais vu en 25 ans d’existence de l’Embrunman. Vu les circonstances, j’abrège le ravitaillement en haut du col et entame vite vite la descente pour échapper aux conditions météorologiques certes très belles mais peu propices à un séjour prolongé habillé d’une simple tri fonction. Malheureusement, même si la célèbre marque au petit bonhomme Bibendum produit d’excellents Pro Race avec un parfait grip même sous la pluie, quand il neige, c’est moins efficace. Si un jour, on invente des pneus cloutés pour vélo de course, je suis preneur. Au premier virage je freine et… rien ne se passe, je gagne même encore en vitesse ! Tant bien que mal j’arrive à manœuvrer et à repartir dans le bon sens mais –c’est un comble- j’ai eu chaud ! Un autre inconvénient : la tri fonction blanche. À Hawaii, le blanc s’est pratique car plus frais que les couleurs sombres. Dans la neige par contre on est moins visible pour les automobilistes qui ont eu la mauvaise idée de descendre le col pendant la course. Bref, la descente fut épique mais surtout très très prudente. Content de rejoindre Briançon en un morceau, le reste du parcours vélo se passe sans problèmes, difficile quand-même avec un vent violent soufflant de face. Pour la première fois je suis même content d’entamer le marathon car c’est l’occasion de me réchauffer un peu après 7h08 de vélo dans des conditions disons… peu favorables. On parle souvent du vélo à Embrun. C’est oublier que pour le marathon les jarrets de montagnards sont de mise aussi. On se farcit quand-même quelques belles côtes et cela 2 fois. Au premier tour, ça passe encore, mais au second tour, la plupart des triathlètes (bibi inclus) deviennent étrangement silencieux et affichent une grimasse peu alléchante. Finalement je rallie l’ arrivée après 11h 45 de plaisirs triathletiques, bien fatigué mais heureux d’avoir terminé cette course mythique. J’oserais même dire que Hawaii, comparé à Embrun, c’est de la gnognotte !"
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